SUR LA THEMATIQUE :
TEACHING AND PROPAGATING AFRICAN HISTORY AND CULTURE TO THE DIASPORA AND TEACHING AND PROPAGATING DIASPORA HISTORY AND CULTURE TO AFRICA
PROPAGATION ROMANESQUE DE L'HISTOIRE RECENTE DE L'AFRIQUE NOIRE : DISCOURS FRANCOPHONE D'UNE CULTURE DE VIOLENCE
RESUME
L'histoire récente de l'Afrique noire est caractérisée par la désintégration des structures culturelles traditionnelles. Nous observons que la culture noire contemporaine se perpétue comme une culture de violence de toutes sortes – politiques, sociales, religieuses et économiques. Le continent témoigne ainsi des coups d'état, des guerres civiles, des massacres religieuses, des génocides, des prox é n é tismes, des viols, de la xénophobie. En réaction contre cette culture de violence, les écrivains noirs francophones ont adopté un discours dit de violence pour transcrire ces conflits, turbulences et tragédies qui constituent leurs réalités culturelles actuelles. A travers leurs documentations romanesques, les écrivains francophones propagent ces réalités cruelles à la diaspora africaine et au monde entier ; et les contraignent à s'y confronter à nu. Notre étude vise ainsi à exposer les violences culturelles des réalités contemporaines de l'Afrique continentale, telles que dépeintes dans des romans francophones choisis.
PROPAGATION ROMANESQUE DE L'HISTOIRE RECENTE DE L'AFRIQUE NOIRE : DISCOURS FRANCOPHONE D'UNE CULTURE DE VIOLENCE.
Nous devons essayer nous aussi de présenter notre
littérature aux autres pour qu'ils nous voient et nous comprennent. Et je pense que l'enrichissement mutuel des cultures ne peut que passer par là.
(Sow Fall 64-65)
INTRODUCTION
'Histoire de l'Afrique noire, est profondément marquée par la violence. Il est considéré que, pour la plupart traumatisés par l'esclavage, la colonisation et le néocolonialisme, les Africains d'hier et d'aujourd'hui n'ont, connu et reçu que la civilisation de la violence. Et, en général en Afrique, la violence est utilisée comme principale solution de conflits. Ainsi les peuples du continent vivent presque essentiellement de la violence. (Ouamba). Et puisque la violence engendre la violence, les peuples africains se voient évoluer dans des sociétés où la violence perdure. Cette civilisation de violence s'intègre dans la vie journalière des Africains. Même des gouvernements, consciemment ou non, font de la violence leur mode de gestion et de fonctionnement. Cette violence, qui constitue une menace sérieuse pour la paix et le développement des pays du continent, a été enregistré et propagée au monde par les écrivains de la littérature africaine. Ceux-ci ont toujours assumé la tâche de la propagation des vérités socioculturelles de l'Afrique, à travers le projet littéraire, comme le conseille l'épigraphe de cet article (citation d'une écrivaine sénégalaise). Et Koulsy Lamko le romancier tchadien a donc appuyé dans l'exorde de son roman La Phalène des collines : ‘‘…ici, je n'ai qu'un seul droit : celui de la paraphrase de l'histoire'' (12). Les écrivains se donnent pour mission d'informer sur différentes régions et différents milieux ; de témoigner à diverses façons de vivre ; ainsi que de confronter divers points de vue. Par ainsi, la littérature offre un complément inappréciable à l'Histoire par le foisonnement des détails.
Pour les buts de cette étude, nous considérons la violence comme toutes formes de déshumanisation des autres, tout en concordance avec les définitions populaires du concept de la violence. Nous en présentons deux. D'abord, Héritier a formulé cette notion que:
Appelons violence toute contrainte de nature physique ou
psychique susceptible d'entraîner la terreur, le déplacement, le
malheur, la souffrance ou la mort, d'un être animé, tout acte
d'intrusion qui a pour effet volontaire ou involontaire la
dépossession d'autrui… (17)
Et pour cause, Maniragaba Balibutsa a renforcé cette explication lorsqu'il a annoncé que :
La violence peut-être physique ou psychique selon qu'on
fait souffrir physiquement quelqu'un jusqu'à le tuer comme
forme extrême de cette violence…il y a de la violence structurelle
lorsque la violence est intégrée dans le système lui-même et
s'exprime dans les relations d'inégalité quant au partage du
pouvoir et partant dans l'inégalité des chances. ( 23)
Ces deux explications de la violence exposent les expériences concrètes et les conditions des peuples africains non seulement de l'Histoire antérieure mais aussi celle de la plus récente Histoire du continent. L'origine de la culture de violence en Afrique récente peut être tracée à la démission des dirigeants dans leur fonction de sécurité, de justice, de protection des libertés et de droits de citoyen, ainsi que de bonne gouvernance (Ouamba). Biaya a donc précisé que l' épistèmê et la violence de la post colonie, constituent le modèle structurant de la vie en Afrique contemporaine.
La couverture médiatique internationale des violences en Afrique sub-saharienne contemporaine, alerte le monde entier sur ce qui devient norme dans beaucoup des pays. Elle annonce la prolifération des crises majeures dans de nombreux pays africains :
---- des confrontations violentes dans les villes du Nigéria, du Kenya, du Zimbabwe, du Soudan et du Rwanda, du Burundi, de la Mozambique, de l'Angola;
---- des attaques xénophobiques en Afrique du Sud ;
---- des guerres civiles et tribales au Sierra Léone, au Libéria, en Côte d'Ivoire, aux deux Congo et au Soudan.
Ces réalités cruelles ainsi que leur source dans l'esclavage, le colonialisme, l'Apartheid et la mondialisation, préoccupent autant les romanciers africains. Tandis que l'Histoire retient les événements essentiels, les romans francophones apportent d'infinis témoignages sur la vie culturelle des victimes de ces expériences de violence. Ils font donc du projet scriptural, la bande magnétique qui enregistre facilement l'essence de cette culture de violence. Les romanciers réalisent des documentations fictionnelles de l'histoire culturelle en Afrique récente une histoire imprégnée de violence. Bonnet en a affirmé autant :
Cependant, fut-ce sur un mode humoristique,
les romanciers contemporains évoquent, à
partir du lieu où ils vivent, les épisodes les plus
sanglants de l'histoire de leurs pays. (22)
Notre article vise à l'exposition de la culture de violence qui devient mode de vie des Africains de la région sub-saharienne, telle que recréée dans le roman africain des temps contemporains. Notre démarche, se veut pragmatique, pour montrer que les romans francophones construisent un discours de violence qui s'organise autour des structures thématiques des diégèses qui enregistrent la vérité de la violence en Afrique noire des décennies récentes. L'analyse part de l'hypothèse que les écrivains romanesques entreprennent à faire apprendre et à faire réapprendre au monde les réalités du continent ; ainsi a émergée l'écriture de violence de la première génération d'écrivains francophones de l'histoire de la littérature écrite en Afrique sub-saharienne. Le roman francophone comme représentation fictive, aide à la compréhension des sociétés et de l'Histoire ; et il éclaire le lecteur de la diaspora, sur non seulement les idéaux et les valeurs, mais aussi les carences du continent africain. Le lecteur africain du continent et de la diaspora pourrait ainsi faire un voyage historique à travers les romans francophones pour mieux en assimiler. Nous allons considérer cette documentation romanesque de l'Histoire selon les différents aspects culturels. Nous nous attacherons plus particulièrement ici, aux romans et quelques nouvelles traitant cette question de violence.
VIOLENCE ETATIQUE
Dans de nombreux pays africains, la fin du XXe siècle a témoigné des épisodes de violence perpétrée par les leaders politiques, les dictateurs et les despotiques ainsi que par leurs opposants brutaux. Ceux-là font institutionnaliser les coups d'état, les présidences à vie et l'embrigadement du parti unique. Comme chronique d'une époque, le roman francophone contemporain, présente des tableaux de la violence avec les couleurs les plus livides et choquantes. Un tel écrivain que Ahmadou Kourouma dont toute l'œuvre romanesque constitue un bilan de toute l'Histoire de l'Afrique noire, dépasse les autres dans l'aspect des précisions de noms, de lieux et de faits. Ses trois derniers textes documentent les barbaries des gens au pouvoir et celles de leurs opposants politiques
En attendant le vote des bêtes sauvages, est une satire des chefs des juntes militaires africaines - des sauvages sous peau humaine s'imposant en chefs d'état de plusieurs pays de cette ‘‘Afrique multiple et liberticide'' (230). Le texte expose les extrémités atroces des leaders (lorsqu'ils étaient au pouvoir) comme Houphouët Boigny de la Cote d'Ivoire, Mobutu Seseseko du Zaïre, Blaise Compaoré du Burkina Faso, Muammar Kadhafi de la Libye et feu Eyadema Gyassingbe du Togo. Ce dernier est représenté dans le texte par le protagoniste Koyaga qui rend visite aux autres chefs d'état pour des leçons sur le despotisme.
Ainsi que vus dans le texte, les régimes de tous ces chefs d'état se caractérisent par assassinats, coups d'états sanglants, éliminations des dissidents politiques, homicides, émasculations et sévices. Ainsi cette annonce du narrateur-sora que : ‘‘Le dictateur au totem chacal était aussi moyenâgeux, barbare, cruelle, menteur, criminel que tous les autres pères de la nation africains (241) …. Dans sa documentation fictionnalisée d' Allah n'est pas obligé… , Kourouma s'affronte directement aux violences politiques dans les pays africains de fin de siècle (tant chez les chefs d'états dictateurs et illégitimes que chez les opposants rebelles). Ce roman, avec ses spécificités spatio-temporelles réelles, est sans équivoque le rapportage dans lequel fiction et réalité se confondent. Le lecteur rencontre ainsi des autocrates et des rebelles ouest africains comme Eyadema du Togo et Prince Johnson du Libéria. Les actes de violence et de sauvagerie enregistrés sont des meurtres et des massacres, des tortures, du parricide, des amputations des mains des citoyens (femmes et enfants inclus), parmi d'autres. Birahima le narrateur du texte, dévoile avec la satire et l'ironie des faux démarches démocratiques des autocrates, caractéristique de ‘‘ce qu'on appelle la grande politique des dictateurs barbares et liberticides…'' (71).
Le roman d'Ahmadou Kourouma Quand on refuse on dit non (2004), publié à titre posthume, narre (par la voix du personnage de la jeune Fanta) la véritable histoire de la Côte d'Ivoire y compris les exactions et les barbarismes des pouvoirs politiques. De majeur événement en majeur événement, presque an par an, la jeune fille reprend le fil de l'histoire de son pays (ainsi que la géographie, d'ailleurs), avec des exactitudes critiques. Ces barbarismes intègrent la culture politique en Afrique noire - une culture de violence.
Mémoire d'une peau , (1998) de William Sassine fait sujet de l'instabilité politique et crée comme personnage protagoniste Milo Kan qui est membre de la milice de l'ancien régime de son pays. Cette milice est connue pour les atrocités comme les tortures, les viols, la corruption, les favoritismes et les meurtres. En outre, elle se préoccupe également à faire taire les citoyens par l'inspiration de la peur des pires rétributions et en éliminant les opposants. Les activités des putchistes deviennent informations anodines à la radio.
De sa part, Jérôme Carlos écrivain béninois, transcrit dans son roman Fleur du Désert, tout ce qui qualifie la culture de violence politique d'un état africain contemporain : les éliminations sommaires des opposants, la corruption bureaucratique, le détournement des deniers publics, la phobie contre toute contestation du gouvernement, le phénomène du parti unique du gouvernement autocratique et capitaliste dirigé par l'Extra Saint Excellentissime. Le protagoniste de ce roman Jésus Munta Marx déclare avec amertume que son pays est ‘‘ au sort infernal d'une basse-cour livrée à l'appétit glouton de quelques ogres insatiables '' (62).
D' Un rêve utile de Tierno Monénembo , nous retirons l'impression des excès politiques et l'absence de liberté démocratique dans la Guinée (nommé ‘‘Gui…'' dans le roman) et d'autres pays du continent qui forcent des citoyens à vivre en exil en France et ailleurs en Europe. Par exemple le père du narrateur protagoniste, ministre de l'ancien régime est exécuté par la milice du président de l'état – ce qui le fait fuir du pays pour mener une vie en errance dans la métropole française.
GENOCIDE
Le génocide de Rwanda en 1994 était une majeure catastrophe humaine de l'histoire africaine contemporaine, un des plus grands drames au monde dans lequel a été enregistré des milliers de victimes d'extermination - entre 800.000 et 100.000.000 d'hommes, de femmes et d'enfants (Dini, 2000). Il est rapporté aussi que soixante-quinze pourcent (75%) de la minorité Tutsie étaient massacrés par la majorité Hutue. Les Rwandais vivent encore au quotidien avec les effets violents de cet holocauste. Et quelques écrivains francophones, en reconnaissance de leur rôle d'archivistes de l'Histoire culturelle africaine, se sont rassemblés en 1998 sous la houlette de Fest'Africa pour le projet de documentation littéraire de la plus grande tragédie humaine en Afrique. Sous ce projet dirigé par Nocky Djedanoum et désigné ‘‘Ecrire par devoir de mémoire.'', ces écrivains s'étaient rendus au Rwanda dans le but de reconstituer le génocide, en examinant en profondeur les causes, les réalités et les conséquences. Les textes réalisés du projet sont :
L'aîné des orphelins (roman) de Tierno Monénembo de la Guinée ;
Murekatete (roman) de Monique Ilboudo du Burkina Faso ;
Murambi, le livre des ossements (roman) de Boubacar Boris Diop du Sénégal,
France-Rwanda, les coulisses du génocide de Veniste Kayimabe de Rwanda ;
L'ombre d'Imana, voyages jusqu'au bout de Rwanda (chronique, nouvelles) de Véronique Tadjo de la Cote d'Ivoire ;
La Phalène des collines (roman) de Koulsy Lamko du Tchad ;
Great Sadness de Meja Mwangi du Kenya ;
Le génocide des Tutsis expliqué à un étranger (essai) de Jean-Marie Vianney Rurangwa du Rwanda;
Moisson de crânes (nouvelles) d'Abdourahman A. Waberi de Djibouti ;
Nyamirambo ! (poésies) de Nocky Djedanoum du Tchad.
Tous ces textes évoquent toute l'horreur du génocide pour toute l'Afrique, et pour le monde entier, en but de provoquer la mémoire collective contre l'amnésie, et la conscience contre la non-reconnaissance.
Les proses narratives (romans et nouvelles) des écrivains francophones du groupe englobent un panorama des souffrances et des actes de violence des Rwandais, y compris des massacres à la machette et à la grenade, des viols, des grossesses éventrées, des décapitations, des mutilations, des émasculations, des éviscérations, des bains d'acide etc. Les écrits reflètent aussi la vie des gens de la société rwandaise post-génocide où sont en évidence : les handicaps physiques et mentaux, le dysfonctionnement, la crainte, la dépression, l'isolement, le dénuement, le désarroi et la rétrogression socio-économique. Pour des spécificités, nous pouvons souligner La phalène des collines, L'ombre d'Imana, L'aîné des orphelins , et Moisson de crânes .
La narration homodiégétique de La Phalène des collines fait revivre les turbulences douloureuses du génocide rwandais. A travers l'optique omnisciente d'une phalène sorti du cadavre d'une reine suppliciée, le roman expose les barbaries des génocidaires. La narratrice raconte parmi d'autres, son propre viol par un prêtre qui déverse de l'acide dans son vagin avant d'y enfoncer une grosse croix en bois. Elle témoigne également aux scènes macabres dans l'église, le lieu de violation des corps décapités et démembrés, où gît le foetus d'une mère ‘‘sauvagement césarisée'' ( La Phalène des collines , 46). A ce point, il nous faut signaler que le personnage de la reine a été créé à partir d'un cadavre réel d'une femme ligotée, avec un pic enfoncé dans le vagin, qui est exposé dans l'Eglise de Nyamata site du génocide. La narratrice relate plus tard les expériences d'Epiphanie une rescapé du génocide qui voit ses trois enfants découpés à la serpette et son mari embroché par ses propres cousins ( La Phalène des collines , 68-69). Le roman de Koulsy Lamko explicite aussi sur les bribes d'existence d'autres femmes et hommes rescapés aux massacres qui hantent le Café de la Muse.
L'autre documentation des horreurs du génocide L'ombre d'Imana, expose minutieusement les faits et les effets avec des précisions sur des dates et des chiffres des massacrés. Par exemple, plus ou moins 35,000 morts dans l'Eglise de Nyamata le 15 avril 1994 de 7h 30 du matin à 14 heures (22-23) ; et plus ou moins 5,000 dans l'Eglise de Ntarama (25-27). L'auteur du livre présente dans ses récits, un cortège de personnages (et de personnes) rescapées des massacres - chacune avec son expérience de cauchemar : viols, déchirures de familles, homicide et fratricide. Annonciata atteinte du sida suite au viol à plusieurs reprises sur le bord de la route par des miliciens ; Thérèse est séparée définitivement de son mari et ses deux fils ; Consulate en grande solitude, rend régulièrement visite à sa mère en prison ; la veuve anonyme qui cohabite avec l'homme même qui tue son fils unique etc.
Moisson de crânes est un opuscule de petits récits qui mêle réalité et fiction. Il attire l'attention du lecteur sur divers aspects du génocide et la condition de vie suite au génocide. On rencontre dans la narration, des chiens qui se festoient des cadavres des massacrés, la vieille Marie Immaculée qui perd dix membres de sa famille à l'extermination, les sept milles génocidaires détenus dans la prison de Rilima.
Le dernier roman que nous considérons sous cette rubrique est L'aîné des orphelins. Tierno Monénembo, l'auteur du roman met en scène les conséquences du génocide rwandais sur les enfants et d'autres survivants. Le protagoniste Faustin Nseghimana (Hutu par son père et Tutsi par sa mère), rescapé miraculé d'une fusillade publique, doit affronter le fait que celui qui a tué sa mère et ses frères n'est autre que son propre père Théoneste.
GUERRES CIVILES ET APARTHIED
Les violences des guerres civiles et des conflits interethniques et religieux font partie intégrale de l'histoire de l'Afrique sous-régionale des décennies récentes. Les peuples africains souffrent encore des conséquences violentes des destructions, des déshumanisations et des déstabilisations de ces conflits armés. Les romanciers francophones en effet, ont fait publiées leurs versions de ces tragédies de l'histoire africaine. Allah n'est pas obligé et Quand on refuse, on dit non, encadrent une penture non complaisante des guerres et des crises politiques qui causent des abîmes et des ravages au Libéria, en Côte d'Ivoire, au Sierra Léone, au Nigéria et d'autres pays de la sous région.
Le sujet remarquable avec lequel Kourouma confronte le lecteur c'est le phénomène des enfants-soldats (filles et garçons) socialisés à la violence. Cette caporalisation de la jeunesse africaine se conjugue avec d'autres dimensions des crises et la désolation en général. Dans les deux textes, le témoignage de l'enfant fait revivre les épreuves des femmes et enfants mineurs africains qui sont victimes de la violence des guerres.
Le nouvelliste journaliste béninois Jérôme Carlos n'a pas pu résister à prêter sa voix (comme de nombreux autres écrivains) à la dénonciation de l'apartheid. Son recueil de nouvelles Les Enfants de Mandela s'annonce un hommage aux combattants de la liberté. A travers son dévoilement des vérités violentes de l'ignominieux système de l'apartheid, ce texte s'avère être un appel à la conscience collective de l'Afrique. Il documente pour toujours un moment historique de la lutte des peuples sud-africains pour leur liberté de l'oppression. Cette version de l'Histoire de l'apartheid sert de témoignage pour les nouvelles générations d'enfants de la période post-apartheid en Afrique du Sud, qui eux-mêmes sont actuellement victimes d'une culture de violence colérique résultant des atrocités de la longue époque de l'apartheid. C'est un roman qui ressuscite les bas-fonds des injustices et des oppressions des Noirs au cours d'une longue période d'humiliation. Cette culture de violence se manifeste en Afrique du Sud actuelle sous forme de violations sexuelles, brigandages armés, meurtres raciaux et colères xénophobiques.
VIOLENCES SOCIALES
Dans le champ romanesque négro-africain nous constatons l'évocation de la violence des actes et des situations dans la vie sociale de l'Afrique contemporaine. Les textes ont enregistré la permanence de la violence institutionnelle dans divers aspects de la vie sociale des peuples de l'Afrique contemporaine. Ce sont des éléments de la violence engrainée dans la culture surtout de la jeunesse africaine. C'est ainsi que l'on fait repérage de cette prose fictionnelle en langue française les actes de violence aux femmes, la corruption et le favoritisme endémique, le tribalisme, l'ethnicisme, la pauvreté et l'analphabétisme, et la déracinement.
VIOLENCES FEMININES.
Les romans francophones surtout des auteurs féminins, enregistrent les différentes formes de violence inhérente dans l'histoire culturelle de l'Afrique contemporaine, infligée aux femmes. Elles sont nombreuses : les viols, les violences conjugales, les ségrégations coutumières, la prostitution et le proxénétisme, les mariages précoces/forcés, le lévirat, l'excision et la circoncision, en sont des exemples.
Notre pain de chaque nuit , opère une focalisation sur la prostitution et le proxénétisme comme violences féminines qui engendrent d'autres violences physiques qui sont le meurtre, le suicide, l'assassinat et la folie. Nono le protagoniste prostituée se présente tout au fil du récit comme un être en discordance avec son ‘‘métier''. Se considérant victime d'un système de violence, elle combat violence par violence à travers le meurtre de ses clients, et la cruauté émotionnelle contre Dendjer (ce qui pousse celui-ci au suicide). La démence de Nono devient totale au dénouement du roman.
En Afrique noire, le viol est instrument de guerre. C'est ainsi que les écrits de la prose fictive qui ont la guerre pour sujet, exposent inévitablement des scènes de viols (comme on a vu en haut). Les textes comme L'ombre d'Imana, La phalène des collines et Allah n'est pas obligé… , représentent la brutalité complète de violation féminine en mettant en exergue des scènes de viols des filles si jeunes que huit et neuf ans, subissant des viols collectifs entraînant leurs morts.
Rebelle de Fatou Keita confronte le mariage forcé ainsi que la violence de l'excision des jeunes filles africaines.
ii. VIOLENCES FAMILIERES
Fleur du désert, Notre pain de chaque nuit, et Verre cassé sont des exemples qui font la représentation des structures étatiques et populaires de composition violente. Ces textes dévoilent un peuple en lutte perpétuelle avec la corruption, l'injustice, le favoritisme endémique, l'assassinat, le détournement des deniers publics, la pauvreté, la toxicomanie, le trafic de drogues, l'alcoolisme et la dégénérescence morale. La majorité des romans francophones exposent la pauvreté et l'analphabétisme qui perdurent dans la culture des sociétés africaines – une culture due à des politiques économiques mal formulées. Et enfin, les déracinements plutôt causés par les migrations, l'incarcération et l'exil, sont fort documentés surtout dans Un rêve utile , Fleur du désert, L'aîn é des orphelins, Allah n'est pas oblig é … et Verre Cassé . Sur la violence du système pénitentiaire africain, deux de ces textes mettent en exergue les agressions physiques et verbales infligées sur les incarcérés (jeunes et vieux semblables) dans les prisons de Afrique noire. Le personnage du Type aux Pampers dans Verre cassé, subit dans la prison de Makala, la violence des sodomisations collectives et constantes deux ans et demi durant. Désormais, il suinte des fesses et doit toujours porter quatre couches au moins de Pampers. L'aîn é des orphelins révèle d'identiques violentes perverses, endurées par de jeunes Rwandais condamnés à mort et incarcérés jusqu'au jour de leur mort.
CONCLUSION
Les écrivains francophones des temps récents, documentent les réalités de l'Afrique noire, tout comme l'ont fait les premiers auteurs de la littérature écrite africaine, qui ont enregistré l'histoire politique de la colonisation et des luttes des indépendances. Ce que l'on remarque aussi, c'est que depuis les origines, la thématique de la violence reste un élément intégral de la fiction africaine.
Nous avons exposé que les francographes négro-africains racontent autrement l'histoire de violence de l'Afrique contemporaine, pour que ces enjeux apparaissent sous un jour plus affectif. Tout contraire aux documentations historiques, la documentation romanesque lucide et vivide s'avère plus émouvante puisque les émotions et les sentiments des personnages fictifs sont mis à nu. L'impression suscitée chez le lecteur, devient plus nette, plus palpable.
Nous pourront aussi affirmer qu'un texte romanesque est une documentation historique des violences culturelles, documentation plus ‘‘lisible'', parfois plus vraisemblable, plus abordable puisque fictionalisée, puisqu' elle met en lumière le quotidien et les gens communs. A travers l'enregistrement romanesque, le lecteur surtout de la diaspora africaine, pourra apprendre par le plaisir de lire. Il pourra connaître et mieux comprendre l'histoire de la culture de violence que vivent les Africains et qu'enregistrent ses romanciers. C'est une Histoire de la réalité cruelle, des vérités tranchantes des peuples traumatisés. Le lecteur de la diaspora peut donc accorder à la prose fictive francophone, une large part de crédibilité, puisque les écrivains ont inventé leurs récits, en restant aussi près que possible du réel.
OUVRAGES CITES OUVRAGES CITES
BALIBUTSA, Maniragaba. Cité dans ‘‘Recension du livre du Prof. Maniragaba
BALIBUTSA, ‘ Une Archéologie de la violence en Afrique des Grands Lac' '' .
Dr. Phil. Innocent Nsengimana. (2001). 06 sept. 2008. <<http://www.inshuti.org/balibut.httm>>.
BIAYA, Tshikala K. ‘‘Jeunes et culture de la rue en Afrique urbaine''. Politique
africaine : Enfants, jeunes et politiques . (2000). 06 sept. 2008.
<<http:// www.politique-africaine.com/numeros/pdf/080012.pdf>>.
BONNET, Véronique. ‘‘Villes africaines et écriture de la violence''. Notre
Librairie , 148. (Juillet- Septembre 2002) :19-25.
BONI, Tanella. ‘‘Violences familières dans les littératures francophones du sud''.
Notre Librairie , 148. (2002) :110-115.
CARLOS, Jérôme. Les Enfants de Mandela. Abidjan : Editions CEDA, 1998.
------------------------ Fleur du désert. Abidjan : Editions CEDA, 1990.
COUAO-ZOTTI, Florent. Notre Pain de Chaque nuit . Paris : Le Serpent à Plume, 1998.
DELAS, Daniel. ‘‘Ecrits du génocide rwandais''. Notre Librairie , 142. (2001).
DINI, Florence. ‘‘Véronique Tadjo: ‘La vie plus forte que la mort…'''. A mina .367.
(2000). 62-63.
HERITIER, Françoise. ‘‘Réflexions pour nourrir la réflexion''. De la Violence.
Paris:Editions Odile Jacob, 1996.
KOUROUMA, Ahmadou. En attendant le vote des bêtes sauvages . Paris: Le Seuil, 1998.
-------------------------------. Allah n'est pas oblig é … . Paris : Le Seuil, 2000.
------------------------------- . Quand on refuse on dit non. Paris : Le Seuil, 2004.
LAMKO, Koulsy. La Phalène des collines . Paris : Le Serpent à Plume, 2002.
MABANKOU, Alain. Verre Cassé . Paris : Le Seuil, 2005.
MONENEMBO, Tierno. Un rêve utile . Paris : Le Seuil, 1991.
OUAMBA, Fabien. ‘‘Violence en Afrique''. Evangile et Liberté . 06sept. 2008.
<<http://www.evangile-et-liberte.net/elements/auteurs.html>>.
SASSINE, Williams. Mémoire d'une peau . Paris : Présence Africaine, 1998.
SEMUJANGA, Josias. ‘‘Les méandres du récit du génocide dans L'Aîné des orphelins '' . (2002).
16 mai 2007.<< http://www.erudit.org/revue/etudlitt/2003/035/ni/008636ar.html >>.
SOW FALL, Aminata. ‘‘Les Confidences : Interview d'Aminata Sow Fall''. Amina.
120. (1982).64-65.
TADJO. Véronique. L'ombre d'Imana. Voyage jusqu'au bout du Rwanda. Paris : Actes
Sud , 2000.
WABERI, Abdourahman. Moisson de crânes. Paris : Le Serpent à plume, 2000.